La langue et les termes techniques


Au détour d’une conversation dans la mailing-list de Framalang, est venu le troll classique de l’utilisation des termes consacrés par tel ou tel organisme de francisation du vocabulaire informatique.
Je vous donne ici ma réaction face à quelqu’un qui soutenait mordicus que les termes francisés étaient à employer impérativement dans une traduction et qui demandait en quoi les termes francisés étaient choquants.
Voici ma réponse.
Les termes officiels francisés sont choquants pour moi à plusieurs titres.

Tout d’abord, ne pas utiliser le mot consacré par l’inventeur ou le découvreur revient à supprimer un sens donné dans la langue d’origine. Je ne retrouve pas l’idée de classement du « hashtag » dans sa francisation officielle « mot-dièse » qui ne donne pas l’idée d’étiquette dans son mot.

De plus, dans la même idée, je ne comprends pas pourquoi une invention ou une notion étrangère devrait être traduite. Cela supprime l’origine et authenticité du sens de ce qui est signifié.
La « nouvelle vague » n’a rien à voir avec la  « bossa nova » ni même avec la « new wave ». Le groupe Nouvelle Vague a d’ailleurs fait son succès sur cette différence en faisant de la « new wave » en « bossa nova ». J’attends d’ailleurs un album où ils feront l’inverse.
On peut aussi donner l’exemple de la francisation des termes sportifs qui sont totalement en dehors de la réalité. Un « corner » n’est pas un « tir en coin ». On fait du football pas de la « balle au pied ». Ça marche aussi dans l’autre sens. Il est illogique que les étrangers ne parlent pas de « touche » en français dans le texte quand ils font de l’escrime, de la savate ou de la cane.

Mais au delà de ces notions sémantiques des même termes dans les différentes langues, ce que cette francisation fait, c’est de mettre un cache sexe sur une perte de pouvoir colonial de la France.

Depuis les deux guerres mondiales, la France se débat avec non seulement la perte de ses colonies mais aussi avec sa colonisation américaine par le « soft power » (intraduisible à mon sens).

Le français (la langue) se sent à l’étroit dans ses frontières face au rouleau compresseur de nouveaux termes américains. Mais ces termes sont simplement inventés dans d’autres pays que dans la France. Ils est donc normal qu’on utilise la langue d’invention.

Oui, mais le CERN, c’est en Suisse. Pourquoi on parle alors de Web et non de « toile », de « rete » ou de « netz » qui sont les mêmes dans les langues officielles de la Suisse ?

Tout simplement parce que le CERN n’est pas Suisse mais mondial et la langue commune au monde peut se nommer « Wordlish » et pas « Mondais ».

L’anglais a de fait cette fonction de langue mondiale. Le refuser, c’est juste se voiler la face.

Mais dans tout cela, ce qui me choque le plus, c’est que c’est encore une énième forme de pouvoir qui nous oblige à utiliser des termes qui sont déconnectés de la réalité.

S’il faut utiliser des termes, je préfère définitivement parler comme celui qui a défini le terme ou au pire faire un ajout en passant par la notion de « genshi genbutsu ». Ce n’est pas à un organisme déconnecté de la réalité et de la vie pratique de se prononcer sur la vie et donc les transformations d’une langue du peuple par le peuple.

J’aime le « rosbif » et surtout ce mot qui a fait l’aller-retour entre la France et l’Angleterre qu’est le « budget ».

Et en conclusion, je dirai qu’en France (org : germanique), on ne parle pas « Français » mais un amalgame (org : arabe) de baragouinages (org : breton) plus ou moins bien compris de termes d’origines diverses, le tout basé sur une dénaturation du latin (org : italien) appelée « langue d’oïl » qui a été favorisée par François 1er au détriment de la « langue d’oc ».
J’avoue, je n’aurai pas dû nourrir le troll mais je trouve que c’est de se priver d’une richesse que de refuser les apports de l’étranger.
Et puis finalement, ça fait une note de blog à pas cher.😀

5 réflexions sur “La langue et les termes techniques

  1. On ne traduit pas un mot mais une idée. Peut-être signifie-t-elle telle ou telle chose dans une langue à l’origine mais qu’évoque cette idée dans le contexte dans lequel on se trouve, en français dans langue dans laquelle on la traduit ? C’est cela le plus important.

    Exemple :
    Une bogue, en informatique, est un défaut de conception ou de réalisation qui se manifeste par des anomalies de fonctionnement. Un journaliste spécialisé a estimé que cette francisation de « bug » (qui veut dire punaise, en anglais) n’avait pas de sens. Erreur : la bogue est l’enveloppe de la châtaigne, et elle est armée de piquants. L’emploi de ce mot pour désigner les… épines d’un programme est donc astucieux. Il réunit même toutes les conditions pour déborder du jargon spécialisé et entrer dans le langage courant. On dira peut-être : « il y a une bogue dans ton projet », « j’ai une bogue dans mon agenda »…
    Source : Michel Voirol – Anglicismes et anglomanies, p. 23

    Que l’origine du mot en anglais soit un animal qui a rongé des câbles ou pas (tout le monde n’est pas d’accord sur cette supposée origine, j’ai lu plusieurs versions), quelle importance ?
    C’est l’idée que cela évoque pour nous français dans un contexte donné qui est important !
    Cette explication ainsi que tous les arguments ci-dessous concernant le fait de dégager l’anglais car il n’a rien à faire en français rendent caduque toute votre explication. Que la langue de Shakespeare (ou le « globish » américanisé) soit la langue mondiale, on s’en contrefout : ce n’est pas la notre !
    D’ailleurs, voici la position de l’Académie française à ce sujet : anglicismes et autres emprunts (http://academie-francaise.fr/la-langue-francaise/questions-de-langue#12_strong-em-anglicismes-et-autres-emprunts-em-strong).

    La langue de la République est le français (en clair : tout citoyen doit pouvoir s’exprimer et obtenir une réponse en français).
    Article 2 de la Constitution.
    La liberté d’expression n’inclut pas la liberté de langue :
    « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. »
    Extrait de l’article 4 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789.

    Or, l’anglicisme est nuisible :

    (1)ANGLICISME n. m. XVIIe siècle. Emprunté de l’anglais anglicism, dérivé du latin médiéval anglicus, « des Angles, anglais ».
    Tournure propre à la langue anglaise. Spécialt. Une telle tournure employée dans une autre langue.
    Dictionnaire de l’Académie française, neuvième édition.

    C’est pourquoi l’anglicisme, obéissant aux règles de la langue anglaise plutôt qu’à celles de la langue française, est une faute de français ! De plus, sauf exception, c’est un emprunt inutile qui n’apporte rien si ce n’est : faux amis, contresens et confusion. Il minimise l’importance des faits, affaiblit et même dénature le sens des termes. Il constitue souvent un mot fourre-tout et vague au lieu d’être précis, nuancé, varié. Quand on emploie un anglicisme en français, il est dépourvu de son contexte initial, d’où sa signification imprécise en français parfois.

    En conséquence : l’anglicisme, c’est de la manipulation mentale !

    Or, pour que notre interlocuteur soit touché par ce que nous exprimons, afin que ça lui parle : il faut communiquer dans sa langue maternelle si nous la connaissons, celle de sa manière de penser et de sa culture sinon c’est un manque de respect envers lui. L’usage, ça se façonne !
    Alors, laissons les choses dans leur contexte : dégagez l’anglais, il n’a rien à faire en français !

    Un exemple, parmi tant d’autres : en français, l’« opportunité » est un substantif de caractère abstrait pour définir ce qui est judicieux, ce qui vient à propos, ce qui est opportun. On juge, on discute de l’opportunité d’une décision, d’une mesure, on considère si elle convient au temps, au lieu, si elle se produit à propos. « Je conteste l’opportunité de cette réunion » signifie : « J’estime que cette réunion n’est pas souhaitable, qu’elle ne vient pas à propos. » En aucun cas, opportunité n’a le sens de l’anglais « opportunity » qui signifie « occasion » désignant une circonstance particulière, opportune parce qu’elle favorise un dessein, et propice à ce que l’on entreprend, « possibilité » lorsque l’occasion a une nuance positive et « aubaine » lorsqu’il s’agit d’une heureuse surprise, d’un avantage inespéré. Si vous découpez dans les petites annonces une offre d’emploi conforme à vos espoirs et à vos capacités, c’est une occasion, une chance à saisir. Si l’on vous propose un poste conforme à vos compétences tout en vous annonçant que peu de candidats ont postulé, c’est une possibilité, c’est-à-dire ce qui est susceptible de se réaliser. Si l’on offre une sinécure royalement payée à un fainéant que rien ne qualifie, c’est une aubaine. Donc, si quelqu’un emploie le mot « opportunité » pour parler d’une occasion ou d’une possibilité, le moment où il voudra exprimer le sens d’« opportunité », quel mot va-t-il utiliser ? S’il emploie cet anglicisme qui est un faux ami couplé d’un contresens pour évoquer une occasion voire une possibilité alors qu’il s’agit d’une aubaine, il estompe ou atténue la réalité par-dessus le marché !

    Conclusion : dégagez l’anglais !

    « Ce n’est pas l’anglais qui menace le français ; c’est en réalité l’adoption, par les francophones de France, d’innombrables anglicismes. Seuls les gens mal informés pensent qu’une langue sert seulement à communiquer. Une langue constitue aussi une manière de penser, une façon de voir le monde, une culture. Lorsque vous diffusez les mots, vous diffusez les contenus qu’ils véhiculent. Il faut bien comprendre que la langue structure la pensée d’un individu. Imposer sa langue, c’est aussi imposer sa manière de penser. 
    La situation devient grave quand certains se convainquent de l’infériorité de leur propre culture. Or nous en sommes là. Dans certains milieux sensibles à la mode – la publicité, notamment, mais aussi, le journalisme, on recourt aux anglicismes sans aucune raison. Pour se distinguer du peuple ? Sans doute. Mais ceux qui s’adonnent à ces petits jeux se donnent l’illusion d’être modernes, alors qu’ils ne sont qu’américanisés ! Ce ne sont que des Gallo-Ricains qui n’ont à la bouche que des termes anglais à la mode pour montrer qu’ils barbotent joyeusement dans le bain global. Les causes en sont : un snobisme ridicule, un rêve mimétique d’américanisation, une profonde inculture quant aux ressources du français. En quoi est-il ringard d’employer les mots de sa propre langue ? Le français s’est toujours nourri de termes étrangers, mais pour rester « en exercice », pour qu’il reste notre langue commune et garantisse à tous une possibilité d’accès à l’information, au savoir, à la culture, il faut qu’il soit compris et partagé par tous. Pourquoi faudrait-il cesser de penser en français, étant entendu que les mots ne disent jamais exactement la même chose dans une langue et dans une autre ? Une langue doit évoluer, mais pas n’importe comment. Toute phrase, tout paragraphe a sa musique propre. Prenez le terme « booster ». On pourrait dire « propulser », issu du latin, ou « dynamiser », qui provient du grec. On n’entend plus l’oreille française à travers « booster », ni à travers « mail », à la place de « courriel », ou « deal », à la place d’ « échanger », etc. Nous sommes en train de passer de l’oreille romane à l’oreille gothique. Par ailleurs, ces importations impliquent une gigantesque perte de nuance : on dit « bouger » et non plus « se déplacer », « s’en aller »… Enfin, il n’y a plus de polissage phonétique à la française. Le polissage, c’est l’équilibre des voyelles et des consonnes. Même les accents régionaux sont respectueux de cet équilibre, or il se perd. Nous entrons dans l’ère du français pourri, le « broken French ».  C’est la désinvention, notre passivité ou incapacité de forger des mots pour des concepts ou des fonctions nouvelles. Qu’avons-nous créé récemment ? « Mémériser », « vapoter ». Hier, on inventait « miroir », « fontaine ». La langue n’évolue pas, elle involue. Les Anglo-Saxons nous trouvent étranges : nous refusons de parler notre propre langue, et nous la remplaçons par une déformation de celle des autres ! Ni les Espagnols, ni les Russes, ni les Arabes, ni les Chinois ni les Allemands entre autres ne sont aussi désinvoltes avec leur propre langue. Les Espagnols n’hésitent pas à traduire des mots anglo-saxons qu’il ne nous est jamais venu à l’esprit de transposer en français. Pour ne prendre qu’un exemple sur des milliers disponibles dans le monde, un « Open » de tennis se dit à Madrid un « Abierto » sans que quiconque y voie la manifestation d’un quelconque ringardisme qui prêterait à sourire. Qui pourrait reprocher aux Anglo-Saxons d’être envahissants, linguistiquement parlant, quand de nous-mêmes nous leur abandonnons le terrain ? Le seul danger vient de la France, le pays qui aime le moins le français. Selon Alain Rey, patron du Petit Robert, l’anglais a fourni en 2014 une entrée sur deux de son dictionnaire – français, rappelons-le ! Si vous ne disposez plus de mots pour nommer le réel, vous changez de langue. Nous ne devons pas faire avec le français ce qu’ont fait hier les Occitans : attendre que la langue soit moribonde pour commencer à réagir. »

    Témoignage : « Je suis Britannique et je peux vous assurer qu’il est déprimant, à chaque visite en France, de voir les Francophones eux-mêmes prendre un peu plus de plaisir à détruire une langue agréable à l’oreille et aux yeux. Ces anglicisants pensent-ils que cela suscite mon admiration ? Non – c’est un signe de manque de créativité et suggère que la France n’est pas capable d’embrasser les nouveautés, les développements savants, bref le 21e siècle. »

    « Albert CAMUS a écrit : « Mal nommer les choses, c’est contribuer au malheur du monde ». Bien sûr, nous sommes souvent capables de reconstituer ce que l’autre veut nous dire, même s’il commet des fautes de français. Cependant, si les fautes prospèrent, si elles se multiplient, nous finirons par ne plus parler tout à fait la même langue. Les malentendus, les incompréhensions deviendront la règle. Nous deviendrons étrangers les uns des autres.
    Parler un bon français, c’est respecter les autres, leur dire que nous voulons appartenir au même monde qu’eux et que nous ferons tout pour les comprendre.
    C’est, tout simplement, leur dire que nous avons beaucoup à partager avec eux, et que nous les aimons. »

    Sources :

    – L’Académie française.
    – Claude HAGÈGE, professeur au collège de France.
    – Alain BORER, poète, essayiste, romancier et dramaturge.
    – Claude DUNETON, écrivain.
    – Xavier NORTH, délégué général à la langue française et aux langues de France.
    – Robert-J. BERG, américain francophone et francophile.
    – Michel VOIROL – Anglicismes et anglomanie, page 103.
    – Julien LEPERS – Les fautes de français ? Plus jamais ! Pages 77, 82, 83 et épilogue (extrait).

  2. Je pensais que le premier commentaire n’était pas passé étant donné qu’il n’apparaît pas sur le blogue. Le deuxième est plus complet.

  3. Désolé pour l’attente, les appels au déblocages des commentaires ne s’est effectué qu’après que je me sois identifié sur mon blog.
    Le mal est réparé et si la première version du premier commentaire est nécessaire, elle est restée dans les commentaires en attente.

    À vrai dire, mon commentaire ne se limite pas du tout aux apports de l’anglais dans la langue française.
    Je comprends que ce soit un problème identitaire dans une nation comme le Canada qui a les deux pour langues officielles (et encore, les choses officielles, vous l’aurez compris la première fois, ne sont pas ma tasse de thé).

    De plus, l’anglicisme dans la langue française, c’est juste le retour de bâton de la domination américaine sur la France qui n’est que la suite de la domination du français dans la cour anglaise de Guillaume Ier. Si on nomme la viande morte en anglais comme les animaux en français, c’est qu’il y a une raison.

    D’ailleurs, pour inventer des mots qui sonnent comme l’anglais, les français y arrivent vraiment tout seuls comme des chefs. Entre le « zapping », le « flipper » ou le « parking » entre autre, ce n’est pas en parlant avec ces mots 100% français qu’on arrivera à se faire comprendre outre-manche ou outre-atlantique.

    Si on ne traduit pas un mot mais une idée, rien que par cette notion que nous avons en commun, cela signe directement fin de la simple nécessité de la traduction.
    Comme disent les italiens : « Traduttore, traditore » (« Traduire, c’est trahir », ou littéralement, « traducteur, traître »).
    Si vous voulez indiquer l’idée de l’auteur étranger, vous le citez dans sa langue. Ça fait extrêmement pédant mais au moins vous ne ferez pas l’erreur de trahir sa pensée.
    La « mélancolie » n’est pas la « saudade » qui n’est pas le « blues » qui n’est pas le sentiment « natsukashî » qui n’est pas (pour revenir sur un terme français) le « spleen ».
    Bien que semblable dans les langues parfois différentes, ces sentiments ne sont pas du tout les mêmes et ne recouvrent pas du tout donc la même idée. Si le traducteur veut vraiment traduire l’idée, il ne cherchera pas des approximations mais il se fera l’obligation d’une note de bas de page expliquant pourquoi il a traduit un terme qui n’a pas d’équivalent en français.
    Là dessus, je trouve le japonais immensément plus respectueux de leur langue et de celle de leurs envahisseurs successifs puisqu’ils ont une forme particulière d’écriture dans laquelle signifier les termes étrangers.

    Sur la manipulation mentale, elle est tout à fait la même en français. La « novlang » orwellienne n’a pas de frontières.
    Souvenons nous des termes que certains gouvernements on essayé de nous imposer par la loi tels que « la vidéo-protection ». Chose qui m’est apparue totalement incongrue puisqu’une caméra ne se trouve jamais entre un agresseur et une victime ou qu’elle n’est pas armé d’une mitrailleuse Gateling qui pourrait tuer tout agresseur.
    Je passerai aussi sur cet oxymore tout à fait passé dans la langue française qu’est la « propriété intellectuelle » qui n’est qu’une confiscation temporaire d’une idée immatérielle (pléonasme intentionnel).
    Oui, faire des contre-sens ou des retournements sémantiques n’est pas réservé à l’utilisation d’une langue « étrangère » à l’intérieur d’une langue « officielle » d’un pays.

    La discipline qui a apporté le plus d’anglicismes dès les années 80, a été définitivement la finance et les « Yuppies ». L’évolution d’une langue n’est que le reflet de son époque.
    Si on veut parler plus français en France, il faudra simplement l’apprendre le plus possible au peuple français et non l’imposer au nom de la « République » de la loi ou de «l’Académie française ».
    Si la langue reflète l’état de son peuple, le français semble être une des langues les plus réactives qui soit à son époque et c’est bien. C’est d’ailleurs pour ça que l’homme politique, « il » fait sciemment des fautes basiques de français. La langue de la France n’est plus le vieux françois d’hier ou même le parler du poète du XIVe (arrondissement) qu’était Audiard, elle est aujourd’hui celle de son peuple qui sera encore différente demain.
    Le changement ne vient pas d’en haut, il se fait en bas.

  4. Que les anglicismes (ou faux anglicismes inventés par certains français) soient un juste retour ou non n’est pas notre problème et ce n’est pas parce qu’ils existent ainsi que les contre-sens ou les retournements sémantiques à l’intérieur d’une langue officielle d’un pays que c’est bien et qu’il faut persister dans cette voie sans en changer.
    « Si on veut parler plus français en France, il faudra simplement l’enseigner le plus possible au peuple français », je suis d’accord. La grande partie du problème vient à mon sens de la démission parentale et celle de l’Éducation Nationale. Quand je vois le niveau des jeunes d’aujourd’hui… et nombre de moins jeunes (je ne parle pas que du français mais aussi des mathématiques, de l’histoire-géographie…), je me demande « à quoi sert l’école ? » Pour enseigner le français correctement, il faut enseigner ses règles et son bon usage et c’est bien l’Académie française qui en est la gardienne. Combien de fautes faisais-je parce que c’est ce qu’on m’enseignait à l’école et qui se révélait être faux ? Pourtant, j’ai grandi dans les années 1980.
    Le changement doit venir d’en haut et se faire en bas. L’un ne va pas sans l’autre. Comme je l’ai écrit ci-dessus, une langue doit évoluer mais pas n’importe comment sinon c’est la régression, la désinvention. Si vous vous demandez comment un mot nouveau fait son entrée dans le Dictionnaire de l’Académie française, sachez que chaque dictionnaire possède sa politique éditoriale et intègre les mots en fonction de critères qui lui sont propres. Ainsi, l’Académie française n’accepte dans son Dictionnaire que les mots correctement formés, répondant à un véritable besoin linguistique et déjà bien ancrés dans l’usage (http://academie-francaise.fr/sylvie-ch-france). Le troisième critère vient d’en bas mais les deux premiers viennent d’en haut. Sinon, c’est la porte ouverte à toutes les fenêtres comme on dit (et comme je l’ai démontré plus haut) !

    « Si le traducteur veut vraiment traduire l’idée, il ne cherchera pas des approximations mais il se fera l’obligation d’une note de bas de page expliquant pourquoi il a traduit un terme qui n’a pas d’équivalent en français. » C’est effectivement une bonne idée. Je comprends « traduire, c’est trahir » mais avons-nous vraiment le choix ? Qu’évoque un terme étranger pour nous ? Nous sommes bien obligés de mettre nos mots, nos sentiments dessus puisque ceux extérieurs à notre langue nous sont étrangers ! Sachant que dans une langue le même terme peut en signifier une dizaine dans une autre langue et que le contexte ne nous permet pas toujours de comprendre le message à faire passer (autrement dit cela veut tout et rien dire), quel moyen avons-nous à part celui d’essayer de trouver le terme dans notre langue qui se rapproche le plus de l’original quitte à faire une périphrase permettant d’expliquer l’idée ?
    Un exemple avec le mot « Leader » permettra d’illustrer ce propos :

    (Leader) : chef, dirigeant, patron, meneur, etc

    On ne remplacera pas facilement « leader », mot solidement implanté dans notre langue depuis des décennies, et parfois utile. Mais on en abuse tant qu’il vaut la peine de rappeler quelques-uns de ses équivalents français, souvent plus appropriés et plus précis. « Leader » est en effet un terme extraordinairement polysémique, c’est-à-dire qu’il a des sens multiples, et fréquemment ambigus.

    Dire que Z… est le leader du parti socialiste de Norvège peut simplement signifier qu’il en est le chef (ou, en choisissant le terme précis, le secrétaire général, le président, etc.). Cela peut vouloir dire aussi qu’il en est l’animateur, le guide reconnu, le théoricien, l’inspirateur, même s’il n’en est pas le chef en titre.

    Dire qu’une entreprise est le leader européen dans la fabrication des disques compacts peut se comprendre de plusieurs manières. Ce peut être la première entreprise d’Europe par le chiffre d’affaires, le nombre de disques, le nombre d’employés… Ce peut être aussi l’entreprise qui est à la pointe de la technique, qui innove le plus, qui est la plus dynamique…

    Il faut donc apprécier avec soin le terme « leader » lorsqu’il se présente à l’esprit… ou à la plume. Des mots précis, voire de courtes périphrases valent souvent mieux.

    Source : Michel Voirol – Anglicismes et anglomanie Page 53.

    Leader
    conducteur, chef, cheftaine, chefaillon, chef de file, chef d’orchestre, dirigeant, pilote, locomotive, figure de proue, maître, supérieur, ponte, responsable, animateur, patron, homme fort, cacique, caïd, parrain, guide, meneur, porte-drapeau, régent (celui qui conduit en droite ligne), hégémon, coryphée. Staline fut appelé le coryphée des arts et des sciences. Équivalents étrangers : caudillo, duce, führer, raïs ou zaïm en arabe.
    Source : le petit dico franglais – français d’Alfred Gilder, p. 75

    Cet exemple est très parlant. Combien de termes, de notions avons-nous en français pour ce seul mot étranger ? Quel est l’intérêt que quelqu’un emploie ce mot anglais au lieu d’utiliser un des termes français, quitte à faire une périphrase si nécessaire ? Que veut-il exprimer ?
    « Leader », ça ne veut rien dire et après tout on s’en fout : ce n’est pas notre langue !

  5. On en revient toujours finalement entre les points de vues du grammairien et du linguiste.
    Le premier veut appliquer la règle et ses exceptions qui les infirment, le deuxième se contente de cerner le texte et le contexte pour comprendre les idées.

    Paradoxalement, comme vous, je me tiendrai plutôt du côté des grammairiens avec ma tendance à garder la formation des pluriels étrangers lorsque les mots viennent d’ailleurs. Pour moi, on ne dit pas des « scénarios » mais des « scenarii » tout comme on on met au pluriel un « tumulus » en disant des « tumuli ». De plus la réforme de 1990 me paraît être une réelle atrocité.
    Les linguistes quant à eux ne feraient pas de réelle différence entre la langue écrite et la langue parlée et prendrait le simple usage par un groupe d’une locution ou d’une autre, tant qu’elle se tient dans le groupe locuteur étudié.

    Il est certain que l’école française d’aujourd’hui ne sert déjà plus à s’élever dans les classes sociales comme ça a pu être le cas avant les années 1990. Ayant eu la chance de passer ma scolarité juste avant cette époque critique, j’ai pu devenir quelque peu plus cultivé et instruit que mes parents qui l’était eux aussi plus que leurs parents. Mais ce ne sera plus le cas pour mes enfants si je ne lui fais pas (moi même ou par instructeur privé payé par mes soins) la classe après (et même avant) la classe. C’est clairement préoccupant si on veut que le peuple français rayonne et s’impose dans le monde.
    Mais au delà de l’état de l’enseignement et de l’éducation en France, le problème du français, c’est qu’il n’a jamais été une langue naturelle sur le territoire étendu de la francophonie. Il est une construction issue de la langue d’oïl et a simplement tué la vie de son diasystème par son utilisation par la classe dominante qui en a imposé l’usage en son sein puis à l’intérieur de la classe pauvre par son enseignement obligatoire afin que les ordres militaires soient compris de toute l’armée. La toute nouvelle France de la Révolution enfonça le clou en considérant les langues régionales comme des dialectes issus de la féodalité. Le coup fatal fut asséné par Jules Ferry avec son école gratuite et obligatoire où on ne « baragouinait » pas plus qu’on ne devait pas cracher par terre.
    Doit-on condamner les différents parlers créoles parce qu’ils sont des « sous-français » mal compris ?

    L’efficacité de la communication n’est nécessaire que dans des cas où le combat est meurtrier comme en guerre, en compétition ou en exercice du pouvoir.
    Le reste du temps, deux ou plus de personnes ont le temps de convenir d’un code de communication commun à leur seul groupe ou à plus encore. L’effort d’adaptation au langage commun en devient équitable et construit ainsi à la force de cohésion du groupe qui y trouvera un signe distinctif fort.
    La dislocation de la langue française est aujourd’hui un simple symptôme et non un but en soi. Obliger à parler correctement le français au peuple vivant en France (ce qui n’est clairement jamais arrivé jusqu’à aujourd’hui) n’est que l’effort inutile de mettre le pansement cosmétique sur la jambe de bois du déchirement de l’envie du peuple de France de faire partie du groupe « France ».
    On aura beau vouloir asséner le besoin de parler tous une bonne langue française, cela n’arrivera pas tant qu’on ne donnera pas l’envie de parler français pour en jouer des sonorité ou même des sens.

    Mon plus grand plaisir avec la langue française est l’écoute de tous les viols et les tortures de ses sons et ses sens infligées par des génies comme Bobby Lapointe ou Raymond Devos. Je devrais certainement me tourner vers Stéphane De Groodt ou tous les nouveaux intraduisibles qui jouent de la langue et de la culture.
    Voici des choses qu’il serait peut-être intéressantes à apprendre pour donner le goût de la lecture, de l’écriture et de la culture générale.
    Mais comme le constate Benjamin Bayard, l’utilisation du medium Internet – loin de détériorer le langage – permet de structurer sa pensée en un texte qui soit dans le langage commun, quel qu’il soit. Et là, les hiérarchies des éduquants et enseignants sont toutes étrangères à ce que nous faisons ici même : un débat d’idées par des textes structurés.

    Voici probablement ce qui manque à nos chers successeurs : apprendre à utiliser le medium Internet avec un professeur de français sorti de la poussière de ses livres et de ses lettres normées pour donner le goût du raisonnement, du débat et du consensus. Peut-être commencer à faire de la vraie politique à l’école pour sortir des réels citoyens de nos divers cursi secondaires.

    À voir.

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