L’escroquerie de la garantie ou la consommation de la peur


À chaque achat quelque peu technologique, un vendeur vient devant nous pour nous proposer une extension de garantie très juteuse pour le magasin et donc très bien commissionnée à la vente. Pour ça, à moins que vous n’ayez vous même une utilisation hors norme d’un appareil particulier (lave linge pour une famille très nombreuse qui tournera au moins une fois par jour, 7j/7), vous n’avez aucun besoin de cette extension.

Mais à quoi sert donc aussi la première garantie, au fait ? Quand on sait que tout produit de consommation est aujourd’hui calibré pour qu’au bout d’une durée ou d’un nombre d’utilisations données, celui-ci finisse par se déterriorer suffisemment pour qu’il soit plus rentable pour le client de racheter un produit neuf plutôt que de le réparer. Je vous laisse vous procurer par vos sources habituelles le très bon documentaire « Prêt à jeter » passé en 2011 sur Arte pour la France et l’Allemagne.

Mais tout comme il est certain que ces produits ne seront qu’exceptionnellement réparables dans leur condition d’origine, il est tout aussi nécessaire aux fabriquants d’assurer une qualité de service rendu par leur produit. Il ne suffit pas de faire des choses qui soient périssables, il faut aussi qu’on ne s’en plaigne pas avant. Ce serait dommage de voir un client mécontent ne pas racheter le même produit.

Donc, si les constructeurs veulent avoir un produit qui s’arrête à une durée de vie donnée, il faut nécessairement qu’il marche pendant ce même temps. De ce fait, la garantie passe du fait d’assumer les erreurs de production ou de conception à un service de réponse à la peur du retour du besoin que le produit a lui même créé. En changeant cet état d’esprit où le producteur doit un produit fiable au consommateur pour qu’il revienne, vers un autre ou lui ou le commerçant se pose en sauveteur, ils vont ensuite pouvoir passer à la phase suivante.

Cette phase est tout simplement la prolétarisation du consommateur où celui-ci n’a plus à connaître les rouages de ses appareils pour croire qu’il sait l’utiliser. Ainsi à l’abri de la soif de connaissance grâce à la peur de perdre une garantie toute virtuelle, les constructeurs peuvent tout à fait fermer complètement le consommateur et ne pas lui laisser la pleine et entière propriété de ce qu’ils ont acheté. Si on prend le cas d’Apple, le congrès américain a dû statuer que iTunes ne doit pas être le seul appstore sur iOS.

Mais quelle serait alors la meilleure façon de faire pour pouvoir être à la fois tranquille et d’avoir la pleine et entière possession des biens qu’on achète ? À mon point de vue, seule la pratique et la connaissance peuvent être les réponses justes à cet enfermement technologique. Et ça ne sera pas non plus la mort de la technologie. À moins qu’on ait vu disparaître les garagistes aux temps où il était possible de faire sa vidange soi-même sur sa propre voiture. Loin de tuer des emplois, laisser les personnes utiliser et même casser le cas échéant leurs propriétés va créer tout un écosystème de petits dépanneurs professionnels vers lesquels se tourneront les gens qui n’ont pas le temps ou qui voudront savoir vite de qu’il faut faire au cas où on recommencerait.

Pour ce qui est de la téléphonie mobile, le marché est déjà bien trop enfermé pour qu’une solution libre se développe, tout comme cela a été le cas pour le PC familial. Il y aura forcément des adeptes, mais tout comme les utilisateurs de GNU/linux, il ne dépasseront pas le 1%. Mais j’ai comme l’impression que les personnes se rendent de plus en plus compte qu’ils ne peuvent plus faire leur vidange ou réparer les choses qu’ils aiment. Le mouvement Do It Yourself et le hackage en général sont en train, grâce à la crise et au fait qu’il n’y a plus d’argent pour consommer sont en plein essor.

Je finirai sur cette note positive qui m’a été donnée par Mozilla et le projet Hackasaurus. Ce dernier est là pour apprendre aux plus jeunes d’entre nous (mais pas forcément seulement) que le web n’est pas quelque chose devant lequel il faut rester passif, mais qu’il y a plein de choses à faire avec un code qui est normalement (qui respecte les normes) ouvert et modifiable.

Alors, à nous de hacker non seulement le web, mais aussi tout le reste.

2 réflexions sur “L’escroquerie de la garantie ou la consommation de la peur

  1. Dans les articles de Mark Surman, le verbe tinker, bricoler, remplace de plus en plus hack, bidouiller. Témoin de la prise de conscience que le Web n’est pas forcément un cas particulier mais s’inscrit dans une histoire de technologies que des amateurs s’approprient.

    • Pour ce qui me concerne, je pense que la dimension du hack et de la réutilisation à un autre but d’un produit est trop importante pour se priver du terme. En français, il est certain que la différence entre bidouillage et le bricolage ne donnent pas cette notion de réutilisation ou de récupération. Un détournement — si le terme n’était pas aussi connoté péjorativement — aurait été plus pertinent, je pense.

      La liberté comprend pour moi cette possibilité de hacker et de récupérer un moteur de lave-linge pour pouvoir ouvrir à distance une porte de garage ou de simplement réparer la machine soi-même. Sans la possibilité de réparer (qui n’est qu’un hack mineur), on ne peut plus décemment hacker profondément la machine qui marche ou non. D’ailleurs, il est tout autant regrettable que les machines à laver (ou tout autre chose, d’ailleurs) n’aient pas une documentation libre. Je n’arriverai pas à comprendre comment des industriels protégés par les effets de la production de masse sur les prix de revient puissent penser à un seul moment que quelqu’un puisse à un moment prendre leurs spécifications et leurs plans pour faire une machine à laver identique ou presque.
      Une machine achetée assemblée coûte bien moins cher que si on achète les pièces détachées au détail (et plus encore si vous augmentez le nombre d’intermédiaires entre le sous-traitant fabriquant et vous)
      .
      La machine à laver d’une marque serait un fork d’une autre ? Et quelle serait la différence avec une industrie qui depuis le toyotisme se borne à presser choisir du sous-traitant ? Combien les essuie-glace Valéo équipent les différentes marques de voiture ?

      Bref, nous avons du pain sur la planche pour libérer tout ce qui se trouve à côté de l’informatique et des logiciels.

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