La disparition du fichier ou le cache moteur


Mais où est mon fichier ?

CC BY Lokas Software

Je ne ferai pas ici le travail de Thierry Stœhr qui nous démontre si bien sur son site FOo que fait de mettre ses données dans des formats de fichiers (ou d’autre chose) fermés nous retombera finalement sur le porte-monnaie le jour du changement de version de la seule interface qui en permet la lecture. Si vous voulez lire une petite histoire à ce sujet, je vous conseille de dévorer le recueil de nouvelles d’ « Églantine et les ouinedoziens » et particulièrement l’épisode 19 qui parle directement de ce cas de figure où le logiciel n’existe plus du tout.

Non, point ici de discussion intéressante sur l’ouverture des fichiers, mais bien une petite mise au point sur la disparition progressive des fichiers dans l’utilisation de l’informatique par le consommateur moyen.

Commençons par remonter une dizaine d’années en arrière. Déjà à l’époque, l’explorateur de Windows XP nous supprimait par défaut les extensions des fichiers dont il connaissait une application pour le lire. Ce qui nous faisait déjà prendre des jpegs pour des pngs, pour peu qu’on y connaisse rien entre les différents formats de fichiers images. Là, pour qui savait et qui avait besoin de reconnaître ses différents types de fichiers, une simple option permettait de retrouver ses .txt, .odt, ou autre. Je suppose (je ne pratique plus windows depuis un petit moment) que c’est toujours le cas sous Seven.

Dès lors, de plus en plus de programmes et d’applications se proposent de « ranger » vos fichiers à votre place. Que ce soit d’ailleurs dans les logiciels privateurs ou dans les libres, on vous propose de gérer pour vous vos « importations d’images » pour vos appareils photos, de synchroniser vos contacts ou de gérer vos musiques. Vous avez remarqué déjà cette disparition ? Images, contacts, musiques, documents, … . Pas une seule notion de fichier dans les services rendus. On a oublié le contenant pour concentrer la sémantique sur le contenu.

Depuis bien longtemps, la fonction de bibliothèque de titres peuple les lecteurs multimédia, Windows Media Player en tête. Il vous proposait à l’époque de la version 10 (voire même avant) d’organiser tout votre dossier « Mes Musiques », ce qu’il faisait fort bien (pour peu que les tags des fichiers mp3 soient bien renseignés au bon format). Aujourd’hui, iTune va pousser la discipline non plus à gérer vos fichiers dans un dossier « Mes musiques », mais à utiliser son propre répertoire comme bibliothèque. Trouver ses fichiers pour en faire une copie privée (au hasard) pour se prémunir de l’obsolescence programmée de son disque dur revient à peut de chose près à aller chercher quelque chose là où il ne devrait pas être. En effet, si on a créé des dossiers musiques ou vidéos dans le dossier spécifiques aux profils, c’est pas pour les retrouver autre part. Cacher ces fichiers de musique (entre autre) que vous avez pourtant achetés avec une interface revient à vous rendre dépendant de cette même interface. Ainsi, insidieusement, on vous prépare à l’existence d’un droit de lecture que vous serez tenus de payer à chaque fois que vous voudrez écouter un titre, lire un livre ou regarder un film. Et là, c’est pas moi qui vous le dit, mais l’inénarrable Christine Albanel, unique inspiratrice du Firewall OpenOffice et grande prêtresse de la communication d’Orange dans une émission de France Culture.

Voila, le but est clairement dévoilé et cette disparition du fichier est clairement une bonne phase de préparation pour vous faire oublier le flacon afin de vous faire payer l’usage plusieurs fois alors qu’ils sont clairement indissociables.
La forme qui arrive en force est ce qu’on nomme « Cloud Computing », « Software as a Service » (SaaS) ou encore en bon français traduit mot à mot, « L’informatique dans les nuages ». Dans cette informatique, il n’y a pas moins de fichiers, pas moins de tranquillité et surtout pas plus de nuage que dans l’informatique personnelle. Tous vos contenus et donc les fichiers (ou les bases de données) qui les contiennent ne se trouvent pas sur Internet et pas plus dans le « Nuage » mais bien sur une machine qui appartient à une entreprise qui vous fera payer votre stockage en plus de vendre votre temps de cerveau disponible super ciblé.

On voit bien aujourd’hui que les programmes de l’éducation nationale sont bien en dehors de la réalité des usages et des techniques en ce qui concerne l’informatique. Au lieu d’apprendre à utiliser un logiciel qui sera de toute façon obsolète à la sortie de l’école, il serait plus qu’intéressant de faire comprendre à nos chère têtes blondes (mais aussi à nos chère têtes blanches) que le fichier, c’est ce qu’il faut maîtriser pour commencer à pouvoir faire de l’informatique réellement.
J’ai comme l’impression qu’on ne peut même plus laisser l’excuse de l’ignorance (si l’ignorance peut encore excuser quelque chose) aux personnes en charge de la conception des programmes scolaires. On ne peut plus de nos jours ne pas avoir la conscience que l’informatique et les nouvelles technologies de communication sont devenues des pierres angulaires de la vie moderne. Et réserver cette matière à part entière à une infime partie des bacheliers (et encore en option) est clairement asservissant.

Conclusion : il faut aller dans le sens du consommateur si on veut l’emprisonner. On se doit d’éduquer les citoyens pour les libérer et ainsi permettre une vraie démocratie.

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